Apport des neurosciences

L’apparition de nouvelles techniques d’imagerie cérébrale dynamique non invasives (comme par exemple l’IRMf-Imagerie par Résonnance Magnétique fonctionnelle- et la MEG-magnétoencéphalographie) a ouvert de nouvelles possibilités d’investigation des mécanismes cérébraux associés aux fonctionnements psychologiques et comportementaux précédemment évoqués.

Traditionnellement, dans les neurosciences du comportement, on s’est intéressé aux fonctionnements chimiques cérébraux et aux circuits neuronaux.

  • Dans le premier champ d’investigation, on cherche à comprendre le rôle que jouent différents messagers chimiques d’interaction entre les neurones, les neuromédiateurs. Il en existe des dizaines, mais on s’intéresse classiquement principalement au rôle joué par la sérotonine, la dopamine pour le TOC.
  • Dans le second champ, on s’intéresse aux rôles joués par les différentes structures cérébrales et les différentes interactions entre ces structures. Il est aujourd’hui possible d’enregistrer l’activité du cerveau alors que la personne se trouve dans une situation lui rappelant ses TOC (comme des photos, des phrases) et/ou de comparer cette activité avant pendant/ après avoir mis en œuvre une intervention thérapeutique (TCC, mindfulness, pharmacologique…) dont on a pu observer les effets sur le TOC. En examinant les différences de fonctionnement cérébral et les éventuelles modifications structurelles, on peut faire des hypothèses sur les zones qui seraient impliquées dans ces évolutions. Ces études nous offrent ainsi la possibilité de faire des hypothèses sur les zones cérébrales qui participent au TOC et de leur attribuer un rôle dans les symptômes.

 

Une boucle cérébrale qui fonctionnerait mal dans le TOC

Il existe de nombreuses études, avec différentes techniques d’enregistrement de l’activité du cerveau et différentes situations dans lesquelles ont été mis les participants (atteints de TOC ou non). Ces études attribuent presque toutes un rôle clé à deux ensembles du cerveau :  

 

1) le cortex préfrontal : de façon schématique, le cortex est la couche de surface du cerveau (un peu comme l’écorce d’une orange). Le cortex préfrontal est la zone du cerveau qui se situe en avant, derrière le front. Cette zone a majoritairement été décrite comme hyperactive, c’est-à-dire qu’elle fonctionne trop chez les personnes souffrant de TOC, comparées à des personnes sans TOC. Le cortex préfrontal est une zone du cerveau qui est connue pour être impliquée dans les processus d’inhibition et de contrôle du comportement, mais aussi pour traiter des informations de nature émotionnelles. 

 

2) Les ganglions de la base : ce sont un ensemble de noyaux situés dans la profondeur du cerveau (« le cœur de l’orange »). Ces noyaux reçoivent des informations du cortex, les traitent et leur renvoient à leur tour : c’est une boucle. Les ganglions de la base sont impliqués dans les comportements automatiques (comme conduire une voiture, faire du vélo, prendre le même chemin le matin), qui sont des comportements que l’ont fait presque « sans réfléchir » tellement ils ont été répétés. Cette boucle (cortex préfrontal – ganglions de la base) serait dysfonctionnelle chez les personnes atteintes de TOC.

Le cortex préfrontal enverrait de mauvaises informations aux ganglions de la base, qui vont à leur tour renvoyer des informations erronées au cortex et ainsi renforcer le TOC.   

 

    Les bases cérébrales du TOC : 

 

 

Les résultats de nombreuses études scientifiques montrent que deux grandes zones du cerveau fonctionnement mal quand on a un TOC : le cortex préfrontal et les ganglions de la base. Ces deux zones communiquent entre elles. Le cortex préfrontal serait lié aux obsessions et les ganglions de la base aux compulsions puisqu’ils permettent à un comportement de devenir automatique à force d’être répété.   

 

Quelle zone du cerveau pour quel symptôme du TOC ? 

Il n’y a pas de « zone cérébrale du TOC », mais plutôt une boucle qui fonctionne mal et aboutit aux différents symptômes. Néanmoins, le modèle de Baxter, complété ensuite par Schwartz, propose de relier le cortex préfrontal aux obsessions et les ganglions de la base aux compulsions.

En effet, le cortex préfrontal serait impliqué dans la genèse des obsessions mais aussi dans la lutte consciente des personnes contre ces idées et comportements inadaptés. Les ganglions de la base génèreraient des réponses de façon automatique dans les situations qui sont associées au TOC : ce sont des compulsions. Chez une personne qui n’a pas de TOC, ces réponses automatiques ont pour objectif de faciliter la réalisation d’actions routinières (faire du vélo, conduire…). Chez les personnes atteintes de TOC, le mauvais fonctionnement des ganglions de la base entrainerait des comportements automatiques qui ne sont plus adaptés au contexte («  ce n’est pas adapté de vérifier automatiquement sa porte en partant de chez soi ») mais ne parviennent pas à être inhibés par la volonté de la personne atteinte de TOC (« même si je sais que ce n’est pas normal d’avoir cet automatisme, je ne peux pas m’en empêcher, et quelque fois je le fais même sans réfléchir »).

Ces modèles soulignent aussi la façon dont se renforce le TOC au fur et à mesure du temps : plus je répète mes compulsions et plus je vais les « automatiser dans mes ganglions de la base » et plus je vais entretenir les mauvaises informations qu’ils vont envoyer à mon cortex préfrontal et donc renforcer mes obsessions, qui à leur tour vont renforcer les compulsions, etc. A noter que cette façon de voir la dynamique des symptômes, bien que reposant sur des hypothèses différentes est compatible avec des modèles cognitifs et comportementaux pour ce qui concerne le statut des compulsions (qui renforcent le TOC à long terme).   

   Le cercle vicieux dans le cerveau  

 

Plus je répète mes compulsions et plus je vais les « automatiser dans mes ganglions de la base » et plus je vais entretenir les mauvaises informations qu’ils vont envoyer à mon cortex préfrontal et donc renforcer mes obsessions, qui a leur tour vont renforcer les compulsions, etc.    

 

Que faire avec « ce cerveau qui fonctionne mal » ?

Dans le TOC, ces zones cérébrales ne sont pas « cassées » ou détruites, mais elles fonctionnent mal. L’hypothèse actuelle est que ce qu’on observe dans le cerveau est le support cérébral de fonctionnements psychologiques issus de l’apprentissage, qui sont donc modifiables par de nouveaux apprentissages. Ce ne sont pas, dans l’état actuel des connaissances, les résultats irréversibles d’atteintes physiques qui seraient par exemple issus de perturbations génétiques, d’atteintes virales, chimiques ou traumatiques, même si toutes ces pistes continuent à être investiguées.

Ce mauvais fonctionnement semble réversible : il disparaît, et rejoint le fonctionnement du cerveau des personnes saines après avoir soigné le TOC par une TCC et/ou des médicaments (Morgiève, 2014 ; Nakao, 2005 ; Schwartz 1998). Ces résultats peuvent être utilisés dans le cadre d’une thérapie comme cadre explicatif général des troubles au sein duquel les patients peuvent trouver une cohérence minimale nécessaire à la compréhension de ce qu’ils vivent. Ce style d’explication « naturaliste » peut présenter l’avantage de décharger la personne et son entourage d’une responsabilité excessive dans le développement et le maintien des troubles. Cette stratégie de dé-psychologisation peut être motivante (« je sais ce qui ne marche pas, qu’il faut stopper ce cercle vicieux et qu’il a été prouvé scientifiquement que l’on peut retrouver un cerveau « comme tout le monde » ») et aussi déculpabilisante (« ce n’est pas de la mauvaise volonté de ma part »), cependant elle doit être magnée avec précaution car elle peut aussi avoir des effets contre-productifs. Par exemple, il n’est pas forcément préférable en société d’être considéré comme « cérébralement atteint » que comme « psychologiquement atteint ».    

    « Peut on faire le diagnostic de TOC sur une IRM cérébrale ? » NON  

Les éléments neuroscientifiques demeurent actuellement au stade de recherche. Le diagnostic de TOC reste un diagnostic clinique relevant de la psychiatrie, et non de la neurologie. Les dysfonctions cérébrales citées ici sont observées dans des protocoles de recherche en faisant des moyennes de plusieurs dizaines de patients, comparées à celles d’autant de personnes n’ayant pas de TOC. Ces éléments sont importants pour la compréhension des bases cérébrales mais à ce jour ils ne sont pas utilisables comme instruments ni même comme aide au diagnostic individuel. C’est d’ailleurs le cas pour l’ensemble des troubles mentaux, contrairement aux maladies neurologiques (comme Alzheimer, la trisomie 21, les accidents vasculaires cérébraux…).