Quel est le statut du TOC ?

Quel est donc le statut du TOC ? Un style de fonctionnement ? Un mode de vie ? L’application rigoriste de rituels sociaux ? Une névrose ? Une folie ? Un trouble mental ? Une maladie ? Psychiatrique ? Neurologique ?

La psychiatrie scientifique internationale contemporaine conçoit le TOC comme une maladie psychiatrique et neurologique. L’ouvrage nosographique (qui classifie les troubles) de référence en est le DSM (Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux) de l’Amercian Psychiatric Association, aujourd’hui dans sa cinquième version (anglaise). 

Dans le DSM, les troubles mentaux sont définis par des listes de symptômes observables dont un noyau doit être nécessairement présent ainsi qu’un nombre défini de symptômes additionnels, durant une période donnée. Ces symptômes doivent entrainer un retentissement significatif dans la vie quotidienne et/ou une souffrance psychique importante. Tout diagnostic est composé de différentes sections : les symptômes,  le retentissement, les critères d’exclusion et le diagnostic différentiel (c’est-à-dire les autres troubles qui pourraient ressembler). 

 

 

 

 

Critères diagnostiques du DSM-IV-TR (APA, 2000) : 

De la même manière, la Classification Internationale des Maladies (CIM) propose une définition symptomatique, inscrite dans la rubrique des « Troubles névrotiques ». Le terme névrotique fait ici référence à la notion de névrose qui a été exclue du DSM à partir de sa troisième édition, en raison de sa forte association avec une lecture considérée comme trop ancrée dans une théorie spécifique (psychanalytique, en l’occurrence), alors que le DSM souhaitait adopter une approche « descriptive a-théorique».

Le Psychodymamic Diagnostic Manual (PDM) est la version contemporaine de cette conceptualisation dite « psychodynamique » qui s’intéresse, outre les symptômes, aux fonctionnements psychiques qui sont supposés les sous-tendre. Par exemple, des préoccupations inconscientes, de type perte de contrôle, qui sont imprégnées du processus de « pensée magique » de la prime enfance dans lesquelles les pulsions et les actions sont mal différenciées. L’hypothèse avancée est que les personnes qui ont de tels symptômes se sentent coupables  inconsciemment de crime par la pensée (cognitions hostiles égoïstes) qui les hantent et qu’ils tentent d’expier par des rituels de lavages ou d’annulation rétroactives.

Dans ces trois classifications, cette symptomatologie concerne stricto sensu les « troubles caractérisés » : TOC. Une distinction est faite entre cette manière de concevoir ces troubles localisés et des fonctionnements plus généraux qui engagent la personnalité de façon plus globale. Ces manuels (DSM jusqu’à sa version IV, CIM et PDM) décrivent une « personnalité obsessionnelle compulsive » : POC. Pour le DSM, « La caractéristique essentielle est une préoccupation par l’ordre, la perfection, le contrôle mental et interpersonnel, au dépend de la souplesse, de l’ouverture et de l’efficacité ».

Voici les critères de la personnalité obsessionnelle compulsive (POC) selon le DSM IV : 

Critères du diagnostic officiel du DSM IV(1) pour le trouble de personnalité obsessionnelle- compulsive :

Il s'agit d'un mode général de préoccupation par l'ordre, le perfectionnisme et le contrôle mental et interpersonnel, aux dépens d'une souplesse, d'une ouverture et de l'efficacité qui apparaît au début de l'âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins quatre des manifestations suivantes:

1. préoccupations par les détails, les règles, les inventaires, l'organisation ou les plans au point que le but principal de l'activité est perdu de vue

2. perfectionnisme qui entrave l'achèvement des tâches (p. ex., incapacité d'achever un projet parce que des exigences personnelles trop strictes ne sont pas remplies)

3. dévotion excessive pour le travail et la productivité à l'exclusion des loisirs et des amitiés (sans que cela soit expliqué par des impératifs économiques évidents)

4. est trop consciencieux, scrupuleux et rigide sur des questions de morale, d'éthique ou de valeurs (sans que cela soit expliqué par une appartenance religieuse ou culturelle)

5. incapacité de jeter des objets usés ou sans utilité même si ceux-ci n'ont pas de valeur sentimentale

6. réticence à déléguer des tâches ou à travailler avec autrui à moins que les autres se soumettent exactement à sa manière de faire les choses

7. se montre avare avec l'argent pour soi-même et les autres; l'argent est perçu comme quelque chose qui doit être thésaurisé en vue de catastrophes futures

8. se montre rigide et têtu.

Le trouble de la personnalité obsessionnelle-compulsive est à distinguer du trouble obsessionnel-compulsif. Il s'agit de deux diagnostics différents.

Le PDM organise la compréhension de la personnalité obsessionnelle autour d’éléments plus psychodynamiques que symptomatiques. Elle serait structurée autour d’une préoccupation centrale de soumission/rébellion contre l’autorité contrôlante ; des affects de colère, culpabilité, honte et peur ; des croyances pathogènes envers eux-mêmes (mon agressivité est dangereuse et doit être contrôlée) ; des croyances pathogènes à propos  d’autrui (les autres essayent d’exercer un contrôle auquel je dois essayer de résister). À tout ceci, répond un usage privilégié de cinq mécanismes de défense (ce sont des mécanismes psychiques inconscients qui restreignent une partie du fonctionnement psychique dans le but de se protéger contre des affects, émotions, pensées intolérables). Selon la théorie psychodynamique, les mécanismes de défenses ne sont pas en eux-mêmes pathogènes ou pathologiques. Tous participent à l’autorégulation en situation,  mais certains seront moins efficaces que d’autres et finiront par produire des effets délétères. S’agissant de la personnalité obsessionnelle compulsive, elle serait caractérisée par les mécanismes suivants :

1) L’isolation de l’affect : C’est le fait que l’émotion est détachée de la pensée à laquelle elle est supposée être associée. Les pensées surviennent sans les sentiments et les émotions appropriés. Cette séparation est le résultat d’un processus actif qui génère un  conflit interne couteux.

2) La formation réactionnelle : C’est le fait de remplacer un sentiment intolérable par le sentiment opposé « pour être bien certain de ne pas ressentir le sentiment intolérable », par exemple, remplacer la haine contre un individu par un sentiment dégoulinant d’amour universel.

3) L’intellectualisation : C’est le recours permanent et excessif à la justification intellectuelle et à la rationalisation argumentée des comportements, coupée de tout contenu émotionnel.

4) Le moralisme : C’est le recours permanent à des impératifs moraux « élevés » qui prennent le pas sur le vécu concret des personnes impliquées dans une situation (« on doit », « il faut »).

5) L’annulation rétroactive : C’est le fait de tenter de défaire par un recours à des pensées magiques, « prières », un évènement et ses conséquences afin de faire en sorte qu’il « n’ait pas eu lieu ».