À quelle fréquence les victimes de violence de rue reçoivent-elles de l’aide?

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Un paramédic aide quelqu’un dans la rue

Source: Productions RODNAE / Pexels

La récente vague d’attaques contre les Américains d’origine asiatique dans les villes des États-Unis a renforcé la croyance populaire selon laquelle les spectateurs interviennent rarement pour aider les étrangers, en particulier dans les zones urbaines densément peuplées. Mais cette croyance est-elle correcte?

Une étude publiée l’année dernière dans la revue très réputée Psychologue américain a constaté que, contrairement à la sagesse conventionnelle, l’intervention est la norme dans les conflits publics. Le psychologue de recherche Richard Philpot de l’Université de Lancaster et ses collègues ont examiné des images de télévision en circuit fermé (CCTV) de 219 querelles et attaques publiques (Philpot et al., 2020). Les incidents se sont produits dans la rue dans les quartiers de divertissement et d’affaires du centre de trois villes: Amsterdam (la plus grande ville des Pays-Bas), Le Cap (la plus grande ville d’Afrique du Sud) et Lancaster (une petite ville du nord-ouest de l’Angleterre).

Philpot et son équipe ont formé quatre assistants de recherche pour compter le nombre de spectateurs à chaque incident et déterminer si un ou plusieurs spectateurs sont intervenus dans le conflit public. Les conflits allaient de désaccords animés à des attaques brutales; les interventions allaient de gestes apaisants et de séparation d’individus à l’éloignement physique d’un agresseur de sa victime. Les assistants étaient presque toujours d’accord les uns avec les autres lorsqu’ils formaient leurs jugements.

Dans les images d’un incident, par exemple, on peut voir un homme en train de battre un autre homme qui est à terre. Quatre personnes sont à proximité lorsque l’attaque commence. Un spectateur, un homme, se déplace pour éloigner l’attaquant de sa cible. Un autre spectateur, une femme, se place entre l’agresseur et sa victime, étendant ses bras pour les tenir à distance l’un de l’autre.

Dans leur analyse, les chercheurs ont déterminé qu’au moins un spectateur est intervenu pour aider dans 91% des incidents. En fait, plus d’une personne est généralement intervenue; le nombre moyen d’intervenants par incident était de 3,76.

Le nombre de spectateurs présents sur les lieux était positivement associé, au sens statistique, à la probabilité globale que quelqu’un intervienne. Plus précisément, les chances qu’une victime reçoive de l’aide augmentaient de 10% avec chaque spectateur supplémentaire. (Le vieil adage «il y a la sécurité dans les nombres» prend un nouveau sens.)

Le schéma des interventions ne différait pas de manière significative entre les trois villes. Les victimes au Cap étaient aussi susceptibles de recevoir de l’aide que les victimes d’Amsterdam ou de Lancaster. (Il est intéressant de noter que les perceptions de la sécurité publique sont considérablement plus faibles au Cap qu’à Amsterdam et à Lancaster, ce qui nous rappelle que nos perceptions de la réalité ne correspondent pas toujours à la réalité elle-même.)

Les chercheurs ont noté que leur étude avait certaines limites. Premièrement, comme les vidéos n’avaient pas de piste audio, les codeurs n’ont pas pu enregistrer des interventions verbales telles que «calmez-vous» ou «j’appelle la police». Le nombre total d’interventions peut avoir été plus élevé que ce qui a été vu sur les images de vidéosurveillance.

Deuxièmement, les querelles et les attaques ont eu lieu dans des quartiers urbains qui comptaient de nombreux restaurants, bars et clubs. Certains spectateurs peuvent avoir été ivre de boire de l’alcool, ce qui aurait pu affecter leur évaluation des risques encourus. Autrement dit, certains spectateurs peuvent avoir aidé parce qu’ils ne pensaient pas clairement aux dangers potentiels associés à une intervention dans une attaque violente. Si tel était le cas, les taux d’aide pourraient être légèrement inférieurs dans les quartiers commerçants et résidentiels.

Les chercheurs ont également examiné les implications politiques de leurs résultats. De nombreux témoins de leur étude étaient prêts à intervenir et ont tenté de désamorcer une situation hostile avant l’arrivée de la police. Il semble que, dans au moins certaines circonstances, les citoyens soient prêts à «auto-contrôler» les conflits publics – une observation qui a des implications intéressantes pour les stratégies policières et les budgets d’application de la loi.

Selon l’étude de Philpot, l’intervention est la règle, et non l’exception, dans les conflits publics. «Nous avons constaté que dans neuf conflits sur dix, au moins une personne – mais généralement plusieurs – a fait quelque chose pour aider» (Philpot et al., 2020, p. 71). Et cela, mes amis, c’est ce que nous appelons une bonne nouvelle.