Critique de livre : “Le dernier rapport sur les miracles de Little No Horse”

Patricia Prijatel

Le dernier rapport sur les miracles de Little No Horse, par Louise Erdrich

Source : Patricia Prijatel

De nature et de portée bibliques, Le dernier rapport sur les miracles à Little No Horse par Louise Erdrich, regorge d’inondations, de serpents, de péchés et de pardon. Le père Damien Modeste a servi avec amour la colonie ojibwée de Little No Horse pendant huit décennies, formant sa vie autour de leurs besoins. Il pourrait bien être un saint. Mais c’est aussi une femme. Derrière son costume sacerdotal, il est en fait Agnès, qui s’est transformée en prêtre catholique après avoir vécu une vie bien remplie en tant que religieuse catholique, femme de ferme et aventurière générale, avec des interactions aléatoires avec des hors-la-loi, des vaches mortes et Chopin.

Le récit épique de la jeunesse d’Agnès nécessite une suspension totale de l’incrédulité alors qu’elle affronte une passion après l’autre, se perdant souvent dans Chopin à un point tel qu’elle se retrouve extatique et nue sur le banc du piano. Ceci, sans surprise, la fait expulser du couvent. Elle trouve l’amour avec un fermier allemand qui meurt en la défendant mais lui laisse sa ferme prospère. Puis Agnès est prise dans une inondation désastreuse, qui l’envoie en bas de la rivière dans sa chemise de nuit blanche vaporeuse, accrochée à son piano à queue. Lorsqu’elle atterrit, elle trouve un prêtre mort pendu dans un arbre, alors elle prend ses vêtements secs et son identité.

Comme on le fait.

Comment être un homme

Ce roman suit Agnès jusqu’à ce qu’elle ait plus de 100 ans et qu’elle soit profondément ancrée dans le rôle du père Damien tout en conservant des vestiges de son vrai moi féminin. Elle serre étroitement ses seins pour cacher son identité féminine et apprend les règles d’être un homme, comme elle les définit au début du livre :

  1. Faire des demandes sous forme de commandes.
  2. Faites des compliments sous forme de concessions.
  3. Posez des questions sous forme d’énoncés.
  4. Exercice pour renforcer les muscles du cou.
  5. Admirez le travail des femmes avec un émerveillement copieux.
  6. Fouler, balancer les bras, arrêter brusquement, caresser le menton.
  7. Affûtez le rasoir tous les jours.
  8. Avance pas d’explications.
  9. N’acceptez aucune explication.
  10. Hum une marche résolue occasionnelle.

Malgré son subterfuge, les Ojibwés savent qu’elle est une femme et n’hésitent pas à faire semblant d’être un homme, même s’ils n’en comprennent pas la nécessité.

Dans une section délicieuse, Nanapush, une aînée qu’Agnès a appris à admirer et à aimer, l’interroge au cours d’une partie d’échecs. Il sait qu’Agnès veut garder sa féminité secrète, alors Nanapush choisit de s’adresser à elle lors d’un mouvement particulièrement délicat car, tout simplement, il veut gagner la partie :

« Qu’est-ce que tu es ? » dit-il à Damien, qui était plongé dans une méditation sur la trajectoire de son évêque.

— Un prêtre, dit le père Damien.

« Un homme prêtre ou une femme prêtre ?

Agnès panique jusqu’à ce qu’elle réalise que Nanapush n’est vraiment que curieuse.

— Je suis prêtre, murmura-t-elle d’une voix rauque, féroce.

“Pourquoi,” dit Nanapush avec bonté, comme si le père Damien n’avait pas répondu, pour mettre la question au repos, ” prétendez-vous être un homme prêtre?”

Pourquoi, en effet ? Parce que l’Église catholique ne permet pas aux femmes d’être prêtres et, tout au long du livre, lorsqu’on lui demande qui elle est vraiment, Agnès répond systématiquement : « Je suis prêtre. Un amant le demande, un enquêteur pontifical le demande, Agnès le demande d’elle-même. Pourquoi : Parce que je suis prêtre.

D’amour, de communauté et de vérité

Elle aime les Ojibwés, elle fait partie de leur communauté et elle vit pour les servir. A leur tour, ils la nourrissent. Elle les aide à mener leurs batailles, y compris leur pauvreté et la perte de leurs terres et de leurs arbres. Ils l’aident à devenir elle-même.

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Le livre encourage les comparaisons avec d’autres classiques, de La mort vient pour l’archevêque par Willa Cather, à Tom Jones par Henry Fielding, avec un peu de Faulker et de Shakespeare, plus un peu de la Bible.

Erdrich’s reprend ses personnages ojibwés les plus mémorables – Fleur et sa fille Lulu, ainsi que les Nanapushes, Kashpaws et les Puyats – qu’elle a présentés dans les romans précédents (Love Medicine, Four Souls, Pistes). Le livre est autonome, même s’il donne envie d’en lire plus pour connaître l’histoire de ces personnes qui travaillent dur pour vivre une vie de vérité.

Le chapitre 18, “La Mooz, ou la mort de Nanapush”, est un classique qui mérite d’être lu par lui-même. Peut-être plus d’une fois. Et les sections sur Mary Kashpaw, du tout début (son café agressivement terrible) à la fin et ses soins finaux et silencieux pour Agnès/Damien, sont à la fois déchirantes et belles, une image du véritable amour.

C’est quoi le miracle ? Il y en a beaucoup : le peuple, la terre, le prêtre.