Différences irréconciliables et conflits d’intérêts inhérents

Un article que j’ai présenté sur les règles morales et les lois naturelles (Johnson, 2007) utilise une scène de la série télévisée Kung Fu (épisode 11, 15 mars 1973) pour illustrer la relativité de la bonté morale à travers les espèces :

Maître Po : « Où est le mal ? Chez le rat dont la nature est de voler le grain ? Ou chez le chat, à qui appartient la nature de tuer le rat ?

Caine : ‘Le rat vole. Pourtant, pour lui, le chat est mauvais.

Maître Po : ‘Et au chat, le rat.’

Nous n’avons aucun mal à comprendre les conflits inhérents entre les animaux de différentes espèces, en particulier les prédateurs et les proies. Ce qui est bon pour un prédateur ne l’est pas pour sa proie, et aucune valeur morale ou règle morale ne peut résoudre leurs intérêts conflictuels.

Plus difficile à accepter est le fait qu’il existe parfois des conflits inhérents entre les êtres humains et que la morale ne peut pas résoudre tous ces conflits. Notre tendance à croire aux vérités morales universelles conduit à la fausse conclusion qu’il existe toujours une solution moralement correcte à chaque conflit (Johnson, 2007). Mais parfois ce qui est bon pour vous ne l’est pas pour moi, et aucun principe moral ne peut nous dire ce qui est « vraiment bon » pour tout le monde.

Exemples de conflit inhérent

Voici un exemple clair. Vous êtes un soldat sur un champ de bataille et un soldat de l’autre côté court vers vous en tirant avec son arme. Il n’y a aucun moyen de s’échapper. Le soldat qui charge ne parle pas votre langue et avance dans une rage aveugle, il n’y a donc pas de négociation avec lui verbalement ou non verbalement. Soit vous ne faites rien et laissez le soldat vous tuer (c’est bien pour lui, pas pour vous), soit vous lui tirez dessus en premier (c’est bien pour vous, pas bien pour lui). Rien de l’éthique déontologique (basée sur le devoir ou basée sur des règles), l’éthique de la vertu ou l’éthique conséquentialiste n’offre une solution qui soit bonne pour vous deux.

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On pourrait dire que vous devriez éviter de vous retrouver dans des situations où ce qui est bon pour vous est mauvais pour une autre personne. Peut-être devriez-vous éviter de rejoindre l’armée où des choix doivent être faits entre tuer et être tué. (Bien sûr, le choix d’éviter le service militaire peut entraîner un mal différent pour vous – l’emprisonnement – si votre pays exige le service militaire.) En effet, votre bien-être et le bien-être des autres seront maximisés en évitant les situations où l’intérêt personnel et le les intérêts des autres sont en conflit. Il est sage de rechercher les interactions et de se comporter de manière à ce qui est bon pour vous et pour les autres.

Mais de façon réaliste, il est impossible d’éviter toutes les situations avec des intérêts inhérents et conflictuels. Nous sommes entourés de gens tous les jours, tous poursuivant ce qu’ils pensent être bon, mais pas nécessairement bon pour vous. Même les intérêts des parents biologiques tels que les frères et sœurs ou les parents et enfants entrent nécessairement en conflit, comme le démontre un article classique du biologiste Robert Trivers (1974). En règle générale, les enfants veulent plus de leurs parents que les parents ne veulent donner, et les frères et sœurs ne sont pas prêts à donner plus qu’ils ne prennent les uns des autres.

Que pouvons-nous faire en cas de conflit inévitable ?

Alors, que pouvez-vous faire lorsque les gens commencent à faire des choses qui sont bonnes pour eux mais mauvaises pour vous ? Vous pourriez essayer de les convaincre que ce qu’ils font n’est pas dans leur meilleur intérêt. C’est une vente difficile, même s’il est vrai que vous savez mieux qu’eux ce qui est le mieux pour eux, car notre biais cognitif naturel est que nous faisons ce qu’il faut pour nous-mêmes. Et s’ils agissent en fait dans leur propre intérêt, essayer de les convaincre du contraire impliquerait de mentir et de nier la réalité.

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Alternativement, vous pouvez essayer de faire appel à des principes moraux pour persuader les gens de se comporter différemment. Vous pouvez leur dire que leur comportement est nuisible, injuste, déloyal, irrespectueux ou dégoûtant. Vous pouvez menacer de représailles. Si vous réussissez à les faire se sentir honteux, coupables, embarrassés ou suffisamment craintifs, ils cesseront de faire ce qui est bon pour eux mais mauvais pour vous.

Malheureusement, il y a des coûts associés au fait de gagner un argument moral. Utiliser des arguments moraux ou des menaces pour amener quelqu’un à se comporter différemment peut être bon pour vous (à court terme), mais pas bon pour l’autre personne. Il ou elle abandonne quelque chose de bien afin d’éviter la honte, la culpabilité, l’embarras ou le châtiment. La personne se souviendra de ce qui s’est passé et, vous l’aurez deviné, pourra riposter plus tard.

Quelle est alors la solution idéale lorsque vos intérêts sont en conflit avec les intérêts des autres ? Désolé, mais il n’y a pas de solution idéale. Vous pouvez chercher à vous comporter de manière à ce que les résultats soient bons à la fois pour vous et pour les autres. Mais si vous vous enrôlez dans l’armée, avez des enfants ou vivez simplement parmi d’autres personnes, vous serez inévitablement confronté à des situations où ce qui est bon pour vous ne l’est pas pour l’autre personne. Lorsque ces conflits d’intérêts ne sont pas liés à la vie ou à la mort, votre choix est de sacrifier votre bonheur pour le bonheur de l’autre personne ou d’insister pour qu’elle sacrifie son bonheur pour le vôtre. Peut-être que vous pouvez faire un compromis avec une troisième option qui n’est ni la meilleure ni la pire pour l’un de vous. Ou, si vous avez une relation prolongée, soyez à tour de rôle la plus heureuse. Aucun de ceux-ci n’est idéal pour qui que ce soit, mais la réalité n’est souvent pas idéale.

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