La conscience peut-elle être mauvaise ?

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Peu de romanciers ont mieux saisi l’ambiguïté ultime de la conscience que Mark Twain dans Finn myrtille. Jim, l’esclave en fuite qui accompagne Huck sur un radeau sur la rivière, est en voyage pour retrouver sa famille bien-aimée (que les Blancs ont séparée de lui). Dans plusieurs scènes, Huck, assailli de culpabilité pour ne pas avoir remis Jim aux autorités comme sa conscience le lui ordonne de manière harcelante, s’angoisse à cause de son rôle par défaut de complice d’un évadé.

Enfin, reconnaissant inconsciemment Jim non seulement comme la figure paternelle dévouée et concernée qu’il n’a jamais eue, mais à bien des égards comme un parangon de vertu, malgré la couleur de sa peau, Huck décide de désobéir à sa conscience. Ce faisant, il démontre le courage que de nombreux critiques littéraires ont cité comme constituant le point culminant moral du roman :

Je tremblais, parce qu’il fallait que je décide, pour toujours, entre deux choses, et je le savais. J’ai étudié une minute, retenant en quelque sorte mon souffle, puis je me suis dit : “D’accord, j’irai en enfer.”

De plus, notez ces deux passages ultérieurs, qui expliquent également indirectement pourquoi Twain demanderait aux lecteurs de remettre en question les messages racistes endémiques à une société préjudiciable :

Peu importe que vous agissiez bien ou mal, la conscience d’une personne n’a aucun sens, et va de toute façon pour elle.

Mais parce que Huck n’est pas encore assez mature ou libre d’esprit pour triompher du préjugé culturel de la culture qui l’a “éduqué”, il est obligé de rationaliser sa décision de protéger Jim par une curieuse gymnastique verbale, à savoir :

je savais qu’il [Jim] était blanc à l’intérieur.

Pour employer la terminologie de Freud, Huck vient de son identité, faisant ce à quoi il est naturellement attiré tout en résistant avec force à la forte attraction gravitationnelle de son surmoi culpabilisant. Mais lorsque ces brefs extraits sont explorés dans le contexte de la gestion générale des Blancs par Twain dans le roman, il est évident que (comme on le comprend traditionnellement) Twain a échangé l’identité et le surmoi.

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Métaphoriquement, c’est-à-dire que les connotations de la blancheur sont assez noires – et le noir, ironiquement, a été transposé avec le blanc. Ce que Twain caractérise, c’est qu’un esclave peut illustrer tout ce qu’il y a de plus admirable dans l’humanité, tandis que les individus (soi-disant) les plus “blancs de lys” peuvent en effet illustrer l’inverse.

Pour Huck, agir «consciencieusement» en refusant à Jim sa liberté personnelle – que, malgré d’énormes risques personnels, Jim recherche si désespérément en raison de son dévouement envers sa femme et ses enfants – reviendrait à refléter la conscience corrompue de sa société. La protection par Huck de Jim de toutes les personnes qui préféreraient (principalement pour des raisons ignobles) le renvoyer en esclavage peut être comprise comme décrivant une conscience vraie par rapport à une conscience artificielle, dérivée de la culture.

Ernest Hemingway, profondément influencé par le style clair de Twain et illustrant un intérêt similaire à découvrir la meilleure façon de faire la distinction entre un comportement vertueux et méchant, propose cette solution basée sur la réalité dans Mort dans l’après-midi:

Ce qui est moral, c’est ce après quoi vous vous sentez bien, et ce qui est immoral, c’est ce après quoi vous vous sentez mal.

Ici aussi, on nous présente une perspective idéaliste et pragmatique s’écartant de la morale ou des mœurs beaucoup plus conventionnelles de la société. La position d’Hemingway est que décider comment évaluer les ramifications éthiques du comportement doit être basé sur un sentiment personnel, dérivé de la réalité. Il s’agit de faire confiance à ses sentiments authentiques plutôt qu’à ce que l’on a absorbé inconsciemment, à la fois de la façon dont sa famille l’a élevé et du consensus moral de sa culture.

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Les écrivains du monde entier ont historiquement remis en question les hypothèses populaires sur la nature fixe du bien et du mal. Ces deux auteurs peuvent donc être considérés comme représentatifs de tant d’écrivains qui en sont venus à considérer les définitions acceptées de la moralité comme simplistes – et souvent fausses.

Définir la conscience d’un point de vue religieux

Examinons maintenant les définitions habituelles de la conscience pour illustrer comment elles s’abstiennent de rendre compte des nombreuses ambiguïtés si souvent rencontrées dans la réalité, car ce qui est idéal et ce qui est pratiquement possible peut parfois être très éloigné – tout comme le fossé entre ce à quoi les gens aspirent et ce dont ils sont réellement capables.

La littérature en ligne portant notamment sur le concept oxymore d’un mauvaise conscience émane principalement de la théologie – et nous traiterons d’abord de cette orientation. L’approche que la religion fondamentaliste adopte envers l’éthique est absolutiste, plaçant le comportement d’une personne dans des catégories nettes, généralement non qualifiées. Par exemple, dans un sermon rassemblant toutes les preuves à l’appui des Écritures, Greg Stuckey définit tout acte répréhensible humain comme – purement et simplement – mauvais. Ainsi, toute personne affligée d’une telle conscience présumée immorale expérimentera comme bien ce que la Bible délimite comme mal, et vice versa.

Définissant ces personnes comme sociopathes (mais sans employer cette terminologie laïque), Stuckey postule qu’elles se glorifient et se vantent précisément de ce dont elles devraient avoir honte. Plutôt que de se sentir troublés par le fait de blesser les autres, ils en tirent une joie perverse. Vu de cette position ecclésiastique dogmatique, une mauvaise conscience est synonyme de pécher contre Dieu – et cela nécessite de faire pénitence à Dieu si l’on veut être pardonné.

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Dans mon article de suivi, j’explorerai ce sujet fondateur d’un point de vue séculier.

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