La retraite est comme un test de Rorschach

La retraite est comme un test de Rorschach pour vieillir : nous y projetons nos peurs et nos appréhensions. Et nous y projetons aussi nos désirs et nos fantasmes insatisfaits. Tous deux sont portés par des figures inconscientes, que j’appelle des personnages d’ombre.

Alors que nous nous demandons consciemment de prendre notre retraite ou non, peut-être après des années de transition, de nombreuses voix s’élèveront : « Je suis un PDG. Je suis thérapeute. Je suis maman. Je suis écrivain. Je suis un homme d’affaire. Je suis infirmière. »

« Qui suis-je si je ne suis pas ça ? »

La plupart d’entre nous sont inconsciemment identifiés à nos rôles professionnels et familiaux, à nos réalisations passées et à notre image de soi. J’appelle cette figure le Doer. Nous ne pouvons pas passer à tout prix des valeurs héroïques d’action et de victoire de la quarantaine à des valeurs plus autoréflexives de travail intérieur, de lâcher prise, de soins personnels, de service et de pratique spirituelle.

Ainsi, si nous approchons du seuil de la retraite sous l’emprise du Doer, nous nous accrocherons aux identités passées, aux schémas usés, aux significations vides. Nous laisserons nos peurs du changement nous empêcher de lâcher prise et d’entrer dans le domaine de l’inconnu. Et nous serons de connivence avec une culture hyper maniaque qui valorise l’action humaine par rapport à l’être humain.

D’un autre côté, on peut, même dès le plus jeune âge, s’imaginer avidement que la fin du travail exauce tous nos souhaits : avoir assez d’argent pour se sentir insouciant, parcourir le monde, apprendre de nouvelles choses. Cela aussi est une projection sur la retraite, qui ne tient pas compte des réalités tardives des limites financières, des crises de santé, des besoins familiaux et de la perte émotionnelle.

Je suggère que, si nous pouvons calmer nos esprits et observer nos pensées, d’autres chuchotements peuvent être entendus : « J’aurai plus de temps pour suivre mon propre flux, plutôt que de vivre selon l’horloge. » « Je peux retourner aux rêves créatifs que j’ai mis de côté pour soutenir la famille. » « Je peux m’engager davantage dans cette association caritative que j’aime. » « Je vais enfin pouvoir méditer aussi longtemps que je veux. »

De cette façon, en utilisant l’auto-observation, nous pouvons détecter nos projections et nous engager dans la retraite en tant que pratique spirituelle. Nous pouvons commencer à nous orienter vers nos vies intérieures et remarquer les voix de personnages fantômes qui refusent l’appel à la retraite ou romantisent l’appel. Et, au lieu de cela, nous pouvons répondre à l’appel de l’âme qui nous pousse à une nouvelle étape de la vie avec ses possibilités cachées.

Et si nous écoutons encore plus attentivement, nous pouvons entendre : « J’ai peur que la retraite signifie la fin, la mort au coin de la rue. Si vous entendez ce message, vous rencontrez une prise de conscience de la mortalité, qui survient souvent avec des pensées de retraite. Peut-être pouvez-vous permettre à cette prise de conscience de vous conduire à une question plus profonde : « Si je n’arrête pas de travailler, vais-je mourir avec regret ? »

Mon client George, 73 ans, a refusé l’invitation à la retraite pendant de nombreuses années car son père et son grand-père lui ont laissé des images internes inconscientes de l’inutilité masculine avec la fin du rôle de Prestataire. Alors qu’il travaillait avec le personnage d’ombre du retraité inutile, il a commencé à lâcher prise et s’est progressivement enfoncé dans l’inconnu. Peu à peu, il en ressort renouvelé avec une nouvelle passion pour la créativité et une joie surprenante en tant que peintre.

« Je ressens un sentiment de liberté que je ne savais pas possible », m’a-t-il dit. « Quand je peins, c’est comme si je faisais quelque chose que j’ai toujours voulu faire. Et je ne le savais même pas. Il avait trouvé l’or du côté obscur.

La retraite peut être un appel qui met fin au voyage du héros et lance une nouvelle étape de la vie – devenir un Aîné – ou elle peut rester lettre morte et les précieux cadeaux de cette époque sont perdus.