L’impact des abus sexuels dans l’enfance sur le moi sexuel

L’abus sexuel pendant l’enfance (ASE) est un traumatisme qui peut avoir des effets à long terme sur les survivants. Il est de nature interpersonnelle et sexuelle, et le plus souvent commis par des personnes connues de l’enfant et souvent en qui il a confiance.

Comme le CSA survient à un moment critique du développement d’un individu, la stimulation sexuelle qui se produit au cours de ces expériences abusives peut perturber la séquence normale du développement sexuel (Tharinger, 1990). Ces expériences dépassent les capacités des enfants, ce qui implique qu’ils n’ont pas les outils et le bagage nécessaires pour bien comprendre et gérer ce qui leur arrive.

En conséquence, les enfants et les adolescents qui ont subi un CSA peuvent éprouver des troubles identitaires qui peuvent être consolidés à l’âge adulte, surtout si les expériences du CSA et les difficultés qui y sont associées n’ont jamais été abordées. Elles peuvent avoir plus de difficulté à définir leur identité et avoir des perceptions négatives d’elles-mêmes ou de leur corps, mêlées à des sentiments profonds de honte et de culpabilité qui contribuent à alimenter ces perceptions. En particulier, la honte ressentie à la suite d’un CSA peut être profondément pénible et potentiellement destructrice pour le sens de soi et de sa place dans le monde social et relationnel (MacGinley et al., 2019). Pour de nombreux survivants, ces troubles de l’identité se manifesteront dans la sphère sexuelle, en particulier dans leur concept de soi sexuel.

« Nataliya Vaitkevich/Pexels »

Source : ‘Nataliya Vaitkevich/Pexels’

La mauvaise nouvelle : les événements CSA peuvent affecter le concept de soi sexuel

Au cours des dernières décennies, plusieurs chercheurs ont étudié le concept de soi sexuel, ce qui a mené à la reconnaissance de cette composante de la sexualité comme essentielle à une bonne santé sexuelle. Le concept de soi sexuel est défini comme la représentation de soi en tant qu’être sexuel. En particulier, il fait référence aux idées, pensées et sentiments que les individus ont sur eux-mêmes en tant que personnes sexuelles (Deutsch et al., 2014). Le concept de soi sexuel se développe principalement pendant l’adolescence et l’âge adulte, selon les attentes sociales ainsi que la croissance et les expériences sexuelles (O’Sullivan et al., 2006).

Le concept de soi sexuel est supposé être particulièrement vulnérable aux effets du CSA (Keshet & Gilboa-Schechtman, 2017) en raison des particularités de ce traumatisme (c. d’un acte de connexion en un acte de soumission ; Foa & Rothbaum, 2001).

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Notamment, des études ont rapporté que plusieurs survivants d’ASE ont une faible estime sexuelle et des perceptions négatives de la sexualité ou d’eux-mêmes en tant que partenaires sexuels (Guyon et al., 2020a). Les survivants peuvent également se percevoir comme des « objets sexuels » (Gewirtz-Meydan & Ofir-Lavee, 2020 ; Hitter et al., 2017) qui existent pour répondre aux besoins sexuels des autres. Certains en viendront même à trouver une forme de validation dans l’épanouissement sexuel des autres, car c’est pour cela qu’ils ont été valorisés lors de ces événements (par exemple, en recevant de l’affection, des cadeaux, des compliments de leur agresseur). Ils peuvent également se considérer comme « méchants » et « endommagés » parce qu’« ils doivent être profondément mauvais si cela leur arrive ». De plus, certains peuvent croire qu’ils ne sont pas dignes d’amour et d’affection. Ainsi, les survivants peuvent en venir à intégrer qu’ils sont des êtres sexuels sans valeur, ce qui peut avoir un impact sur leur capacité à nouer des relations intimes saines et à vivre une sexualité épanouie (Gewirtz-Meydan & Ofir-Lavee, 2020).

Ces troubles du concept de soi sexuel peuvent être expliqués à la lumière de la sexualisation traumatique, l’une des dynamiques traumatiques (Finkelhor & Browne, 1985). Ce cadre théorique historique postule que la sexualisation traumatique se produit lorsque les sentiments et comportements sexuels des victimes se développent de manière dysfonctionnelle et inappropriée sur le plan du développement puisque leur corps a été envahi sans leur consentement, qu’ils ont été initiés au sexe trop tôt et qu’ils pourraient être récompensés et valorisés pour être impliquées dans ces expériences. Ainsi, se sentir comme un objet sexuel, non aimable, et ne pas se valoriser en tant qu’être sexuel peut provenir de ce processus de sexualisation traumatique déclenché par des événements CSA. Ces sentiments négatifs et ces perceptions de soi peuvent être particulièrement accrus chez les survivants dont l’agresseur était un soignant et où les problèmes d’attachement sont étroitement liés (Stevenson, 1999).

'Tim Mossholder/Pexels'

Source : « Tim Mossholder/Pexels »

La bonne nouvelle : il est possible de développer une image de soi sexuelle positive malgré un traumatisme

Bien que les expériences de CSA puissent avoir un impact profond sur le concept de soi sexuel, il est possible de l’améliorer et de vivre une sexualité épanouie. Ces perceptions négatives de soi sont souvent anciennes et enracinées. Ainsi, reconstruire un soi sexuel positif et cohérent prendra du temps et de la compassion pour soi, car le chemin de la guérison peut être semé d’embûches et de rechutes.

Voici quelques suggestions d’exercices qui pourraient avoir un impact positif sur votre image de soi sexuelle et générale, basées sur des recommandations empiriques et cliniques (Guyon et al., 2020b; Hitter et al., 2017; Maltz, 2012). Il est également recommandé de consulter un professionnel qui pourra vous aider, car ces exercices pourraient entraîner, dans certains cas, plus de détresse. Ces professionnels peuvent s’assurer que vous ne deviendrez pas complètement déréglementé ou re-traumatisé en vous aidant à identifier vos déclencheurs et stratégies pour réduire la détresse.

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*N’oubliez pas que ces exercices ne s’appliquent pas toujours à tous les survivants et qu’il est important de ne jamais dépasser vos propres limites.

  • Distinguez ce qui appartient à l’après CSA et ce qui caractérise vraiment votre identité. Notamment, cela pourrait vous aider à construire un moi sexuel plus cohérent, positif et holistique. De la même manière, prendre conscience de vos perceptions négatives de vous-même et de vos émotions de honte et de culpabilité peut vous aider à comprendre comment elles peuvent influencer vos comportements, vos cognitions et votre bien-être sexuel. Cette plus grande prise de conscience des impacts du CSA sur le soi sexuel est une étape essentielle de la récupération sexuelle.
  • Privilégiez l’authenticité sexuelle au “raccordement au moule”. En particulier, vouloir à tout prix correspondre aux normes sociales de beauté et de performance peut amener beaucoup de souffrance et favoriser une perception négative de soi. N’ayez pas peur d’être vous-même et même de vous permettre d’être parfois différent des autres, surtout en matière de sexualité. Assumer qui vous êtes en tant qu’être sexuel, d’une manière réelle, peut vous aider à développer une plus grande confiance sexuelle, ce qui facilitera le respect de vos limites plus tard.
  • Réfléchir à vos besoins, désirs et valeurs sexuels, afin de mieux vous connaître en tant qu’être sexuel. Faire cette introspection en évitant le jugement ou en relativisant la place du CSA dans le développement de votre concept de soi sexuel peut vous donner accès à une sexualité plus authentique et moins contaminée par vos expériences traumatisantes.
  • Explorer et (re)découvrir son corps et ses sensations de manière générale (par exemple à travers la danse, le chant, le yoga, la marche, dans les tâches quotidiennes) afin de vous reconnecter à vous-même, à vos émotions et au monde qui vous entoure. En même temps, cela peut être l’occasion de découvrir des activités saines qui peuvent aider à réduire le stress et les pensées négatives.
  • Explorer et (re)découvrir son corps et ses sensations dans des contextes intimes et sexuels (ex. massages, masturbation seule, activités sexuelles impliquant un partenaire). Pour ce faire, il est important de se focaliser le plus possible sur les sensations ressenties sans jugement ni visée de performance (par exemple, en cherchant à tout prix à atteindre l’orgasme). Comme il est possible d’éprouver des sensations désagréables en explorant des sensations ou même d’avoir des souvenirs post-traumatiques, il est primordial de trouver des stratégies pour les réduire (ex. : respirer profondément, explorer ou éviter progressivement certaines zones du corps) ou arrêter d’explorer si cela devient trop douloureux ou anxiogène.
  • Complimentez-vous chaque jour. Prenez le temps de reconnaître vos qualités, capacités et forces mais aussi d’apprécier votre corps malgré ses imperfections. Vous et votre corps avez surmonté ces événements traumatisants selon vos ressources et capacités ; reconnaître votre résilience à cet égard. En déplaçant votre attention de vos défauts perçus vers vos attributs et vos forces, vous pouvez renforcer votre estime de soi. Se complimenter peut être difficile au début, surtout parce qu’il peut être difficile de voir des aspects positifs de vous-même si vous avez des pensées négatives depuis longtemps. Il est possible de demander à votre partenaire ou à une autre personne significative de vous aider à identifier les aspects positifs de vous-même.
  • Communiquer avec votre/vos partenaire(s), en particulier dans des contextes intimes et sexuels. L’expression des émotions et des sensations ressenties lors des activités sexuelles est aussi importante que l’expression des désirs, des besoins et des limites sexuels. De cette façon, vous aurez plus de chances de vous sentir en confiance et de pouvoir profiter de ce moment intime. De plus, être capable de communiquer et de s’affirmer sexuellement est susceptible de renforcer votre estime sexuelle et votre agence sexuelle, ainsi que d’augmenter votre lien avec votre partenaire.
  • Ne sous-estimez pas l’importance du soutien social. Atteindre pour cela. De nombreuses études ont montré que le soutien social, en particulier de la part d’un partenaire aimant ou d’une communauté qui partage des expériences similaires, contribue grandement au rétablissement des survivants. Il n’est pas toujours facile de parler ouvertement de ses blessures, mais cela peut devenir plus facile avec le temps. Cela nous permet de nous libérer d’un poids que nous portons depuis trop longtemps. S’ouvrir sur nos expériences nous permet aussi de reprendre du pouvoir sur notre vie, notamment en écrivant la fin de cette histoire de notre propre point de vue.
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