Pourquoi utilisons-nous le langage du dégoût pour décrire les ennemis politiques

Après le New York Times a publié un éditorial qualifiant Donald Trump « d’amoral » et « d’erratique », son fils a qualifié l’article de « dégoûtant ». De même, lorsqu’il a été rapporté que Trump avait qualifié les victimes de guerre américaines de « perdants », Joe Biden a qualifié les commentaires rapportés de « dégoûtants ». Il semble qu’aux États-Unis, le langage du dégoût soit couramment utilisé pour décrire les ennemis politiques, à droite comme à gauche.

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Source : Clay Banks / Unsplash

Que conclure de ces observations anecdotiques ? L’utilisation du mot « dégoûtant » indique-t-elle que les gens ressentent la même émotion en réponse aux membres de l’exogroupe politique qu’ils ressentent en réponse à un contenu grossier et pathogène, comme le sang, les excréments et les rats ? Ou est-ce que « dégoûtant » est utilisé purement métaphoriquement pour refléter un état interne de colère ou d’indignation, plutôt qu’une sorte de véritable dégoût ?

Ce que dit la recherche

Dans trois études, le Dr Landy, le Dr Rottman, le Dr Leimgruber et moi-même avons cherché à savoir si les membres de l’exogroupe politique pouvaient susciter un dégoût physique, par opposition au dégoût moral ou métaphorique. Nous avons présenté à plus de 900 participants des visages de personnes représentées comme républicaines ou démocrates (soit en portant une chemise qui exprime clairement leur soutien à un parti politique, soit par une description de la personne indiquant qu’elle a voté exclusivement pour un parti politique). Les visages présentés comme démocrates contre républicains ont été contrebalancés entre les participants.

OSPAN ALI/Unsplash

Source : OSPAN ALI/Unsplash

Nous avons utilisé une variété de mesures de dégoût et nous avons donné aux participants d’autres moyens simples d’exprimer la colère, la désapprobation et la négativité générale. Dans les études 1 et 2, nous nous sommes appuyés sur des mesures d’auto-évaluation. Par exemple, demander aux participants à quel point ils ont trouvé les visages « grossiers » ou « nauséabonds ». Dans l’étude 3, nous avons analysé les micro-expressions faciales que les participants produisaient spontanément en réponse aux visages.

Nous avons constaté que les participants ressentaient un dégoût physique, pas seulement un dégoût moral ou métaphorique, en réponse aux membres de l’exogroupe. Cela démontre que les ennemis politiques sont considérés comme physiquement dégoûtants.

Aperçu de la division politique américaine d’aujourd’hui

Cette nouvelle découverte est importante car elle aide à mieux comprendre la division croissante entre républicains et démocrates. Avec les élections au Congrès américain qui se déroulent cette année, il est utile de comprendre le rôle du dégoût dans les évaluations sociales et morales.

Plus précisément, la colère a tendance à favoriser l’agression, la confrontation et la punition, et elle pourrait jouer un rôle important dans la génération de conflits politiques. Le dégoût, en revanche, a tendance à favoriser le retrait, le rejet et l’évitement, ce qui pourrait sous-tendre la réticence à s’engager avec des exogroupes politiques. Par conséquent, la colère peut conduire à des conflits entre partisans, et le dégoût peut les séparer, empêchant la résolution et perpétuant les désaccords.

L’étude « Disgusting Democrats and Repulsive Republicans: Members of Political Outgroups Are Considered Physically Gross » a été publiée le mois dernier dans la revue Bulletin de personnalité et de psychologie sociale.