Schizophrénie ou traumatisme crânien ?

Brielle A. Marino

Source : Brielle A. Marino

La psychose consécutive à un traumatisme crânien (TCC) est une maladie rare mais grave. La psychose liée à un TCC diffère qualitativement des troubles psychotiques primaires et a souvent un meilleur pronostic, bien que le pronostic dépende largement des circonstances entourant la lésion cérébrale (Ahmed et Fujii, 1998). Tout comme dans un trouble psychotique primaire, comme la schizophrénie, la dégénérescence hippocampique a été identifiée comme une source de dérégulation du circuit dopaminergique.

Il est intéressant de noter que les personnes atteintes d’un traumatisme crânien léger ou grave peuvent souffrir de psychose post-traumatique. Certains facteurs prédisposants qui rendent la psychose post-traumatique plus probable incluent la consommation de cannabis chez les adolescents (Rabner, Gottlieb, Lazdowsky et LeBel, 2016). Alors que les personnes atteintes de psychose liée à un TCC ont tendance à avoir des antécédents familiaux de psychose, celles qui souffrent d’un trouble psychotique primaire sont plus susceptibles d’avoir une prévalence familiale plus élevée de schizophrénie (c.-à-d. famille immédiate) ou d’autres maladies psychotiques (Fujii, 2002).

Cliniquement, la psychose liée au TCC peut se présenter sous deux formes : (1) type délirant ou (2) psychose de type schizophrénique. Les troubles délirants résultant d’un TCC comprennent le plus souvent des délires de persécution ou paranoïaques en l’absence d’hallucinations ou d’autres symptômes positifs de psychose (Fujii, 2002). Il existe des preuves suggérant que les délires de nature grandiose ou religieuse peuvent plus probablement indiquer un trouble psychotique primaire. De plus, la psychose liée au TBI peut se présenter avec des délires plus « neurologiques » tels que le délire de Capgras, dans lequel l’individu croit que quelqu’un a été remplacé par un imposteur. Dans le type de psychose semblable à la schizophrénie, les personnes atteintes de TCC présenteront des hallucinations auditives et parfois visuelles en plus des croyances paranoïaques et délirantes (Batty, Rossell, Francis et Ponsford, 2013).

Peut-être le plus frappant, les patients atteints de psychose secondaire à un TCC sont beaucoup moins susceptibles de présenter des symptômes négatifs que ceux atteints d’un trouble psychotique primaire. En tant que tel, la présence ou l’absence de symptômes négatifs peut être un bon indicateur de diagnostic. Les techniques d’imagerie peuvent également être utiles pour favoriser la clarté du diagnostic. À savoir, l’IRM dans la psychose due à un TCC est le plus susceptible de révéler des dommages focaux aux régions frontales ou temporales, alors qu’une psychose primaire, telle que la schizophrénie, est associée à des ventricules élargis sur l’imagerie (Fujii & Ahmed, 2001).

Problèmes qui compliquent le diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel de la psychose liée au TCC par rapport à la schizophrénie peut être assez difficile pour diverses raisons. Pour les personnes atteintes d’un TCC, les symptômes psychotiques peuvent ne pas se manifester pendant 1 à 20 ans après la survenue de la blessure, le début de latence le plus typique étant de 1 à 4 ans après la blessure. Il est à noter que la plupart des personnes qui développent une psychose après un TCC sont susceptibles de présenter des symptômes au cours de la première année. De plus, certaines preuves suggèrent que la durée de latence a une signification clinique. Plus précisément, ceux dont la période de latence est plus courte sont plus susceptibles d’avoir des blessures diffuses, des symptômes paranoïaques et des hallucinations auditives (Fujii, 2002).

D’autres problèmes qui compliquent le diagnostic différentiel incluent l’âge d’apparition, les déficits cognitifs et la preuve d’une période prodromique. L’âge d’apparition à la fois de la psychose secondaire à un TCC et de la schizophrénie est en moyenne autour de 20-30 ans, l’apparition avant 20 ans étant très rare (Guerreiro et al., 2009). La psychose et la schizophrénie liées au TCC ont toutes deux des périodes prodromiques identifiables marquées par un retrait social, des troubles affectifs et des comportements paranoïaques. Enfin, les déficits cognitifs sont communs aux deux troubles et sont généralement caractérisés par des déficits de l’attention, de la mémoire et des fonctions exécutives (Fujii, 2002).

En somme, la psychose liée au TCC résulte probablement de dommages importants aux régions frontales et temporales avec un dysfonctionnement dopaminergique associé. À l’inverse, la schizophrénie est le plus souvent marquée par un dysfonctionnement dopaminergique, l’hypertrophie des ventricules étant l’indicateur clinique le plus courant en imagerie (Zhang & Sachdev, 2003). Bien que rare, la psychose résultant d’une lésion cérébrale peut survenir lors d’une blessure ouverte ou fermée, avec des blessures allant de légères à graves. La clarté du diagnostic est importante pour un traitement efficace, en particulier lorsqu’on considère le type et la dose de médicament antipsychotique (Fujii, 2002). De plus, l’enquête sur la psychose secondaire à un TCC peut élucider certains des rouages ​​internes derrière la psychose primaire, en particulier en ce qui concerne les systèmes délirants complexes. Dans l’ensemble, ces résultats donnent une crédibilité supplémentaire à la reconnaissance de la schizophrénie comme une condition neurocomportementale. Des recherches futures comparant la perspicacité dans la psychose liée au TCC à la schizophrénie seraient utiles car la perspicacité est un indicateur pronostique fort pour toutes les formes de psychose.