Tu vas bien, je m’effondre | La psychologie aujourd’hui

“Votre douleur est la rupture de la coquille qui enferme votre propre compréhension.” – Khalil Gibran

Le soleil brille et les jours se sont allongés. C’est le printemps, plein de nouvelles croissances et possibilités, et la nature nous appelle à jouer. Les masques se détachent et les amis publient des articles sur les mariages, les voyages et les vacances de printemps. Ce qui est moins visible, ce sont ceux qui luttent et continuent de compter avec la perte et le chagrin profond.

La pandémie a été traumatisante. Quelle que soit notre expérience, nous sommes tous en train de traiter les dégâts épiques des deux dernières années. Aux États-Unis, les décès dus au COVID-19 approchent le million. Chaque mort ondule, touchant de nombreux autres dans son sillage. Il y a eu d’autres pertes également : des emplois, des relations, des jalons et, plus encore, notre sentiment de normalité et de sécurité.

Bien que le chagrin soit une réaction normale à la perte, il ne semble pas normal. C’est dur. C’est aussi incontournable. Le seul moyen de sortir du chagrin est de le traverser directement. Le chagrin n’est pas seulement un sentiment de tristesse. Elle implique un schéma complexe de processus d’adaptation cognitifs, existentiels et spirituels en réaction à la désintégration des structures de sens existantes (Wong, 2008). En d’autres termes, le chagrin nous désamarre, nous laissant à la dérive et incertains quant à la façon de naviguer dans l’avenir. Le deuil peut sembler horrible, mais il fait partie d’un processus naturel, comme une croûte qui se forme sur une plaie. Malheureusement, la lenteur du processus de deuil est en totale contradiction avec notre désir d’avancer le plus vite possible, au-delà de la pandémie et au-delà du deuil. Cette hâte est aggravée par les attentes culturelles de passer à autre chose-supprimer la douleur, les émotions et le chagrin.

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L’impulsion d’éviter les sentiments de perte et de chagrin, d’essayer de rebondir tout de suite, a du sens. Néanmoins, ce n’est pas si simple. Au début, l’évitement procure un certain soulagement du choc et de la profonde douleur du deuil ; cependant, un évitement persistant ou une dépendance totale aux stratégies d’évitement peut approfondir et prolonger la période de deuil (Baker, et al., 2016). Le deuil nécessite d’affronter la perte de front et de s’autoriser à devenir pleinement présent avec elle. En s’ouvrant à ressentir le chagrin dans l’esprit et le corps, on peut commencer à comprendre ce qui s’est passé et trouver une perspective.

Nous ne faisons jamais surmonter une perte. Nous n’oublions pas. La perte reste avec nous, mais le chagrin nous donne un moyen de garder de la place pour nos rêves, notre tristesse, nos souvenirs et notre avenir. Nous pleurons de nous souvenir et d’honorer qui ou ce qui a été perdu. En permettant aux vagues de chagrin de nous submerger et de s’intégrer avec compassion dans notre être, nous rassemblons la sagesse et trouvons une voie à suivre.

Le deuil entraîne inévitablement une phase de réflexion. Lorsque des choses qui étaient autrefois importantes n’ont plus de sens, la nature fragile de la vie se précise et incite à une évaluation des priorités. Les gens ont changé d’emploi, déménagé et restructuré leurs objectifs de vie. D’autres détournent le regard, incapables de tolérer les exigences du chagrin, le besoin de se replier sur soi et de se recalibrer. Pousser le chagrin de côté n’est pas efficace. C’est aussi un mauvais service car faire le point est une opportunité, un moment précieux pour réfléchir honnêtement à ce que l’on souhaite conserver et à ce que l’on souhaite changer.

Le deuil pandémique a déclenché des reconsidérations de choix pour l’économie et la société. Les mesures du bonheur et de la richesse pourraient désormais être mesurées en termes de santé, d’accès aux soins de santé, de capacité à travailler à domicile et de capacité à socialiser avec les autres. La pandémie a accéléré certaines tendances telles que le travail à distance, la télémédecine et les changements dans le fonctionnement des données et des chaînes d’approvisionnement. Elle a également intensifié les clivages partisans, augmenté la richesse et les inégalités structurelles, et aggravé les crises liées à la santé mentale, à l’éducation et au chômage.

Nous sommes devenus plus conscients de l’interdépendance des vies et des problèmes. Nous savons maintenant que la pauvreté est un meilleur prédicteur des résultats pour la santé que le mode de vie. Nous avons appris que la race, le sexe et la classe sont des axes croisés liés à des schémas plus larges de pouvoir et de privilège. La pandémie a été une lentille à travers laquelle les inégalités sociétales ont été amplifiées (Mohanty, 2021).

Dans cette phase globale de deuil, nous gagnons un moment collectif de réévaluation. Cette phase peut conduire à de nouvelles formes d’activisme et agir comme catalyseur d’un changement systémique. La complexité de la pandémie mondiale est certes difficile, mais se concentrer uniquement sur le relèvement national, en l’absence d’une coopération internationale significative, serait à courte vue, au détriment tragique de l’humanité.

Bien sûr, les festivals de printemps sonnent bien – nous voulons tous passer à autre chose, mais détourner le regard des tragédies des deux dernières années, ce n’est pas faire face ; c’est du déni. Nous avons l’opportunité d’affronter ce moment ensemble et de trouver des moyens de travailler en solidarité en tant qu’êtres humains au sein d’une même espèce. Nous pouvons choisir d’organiser notre société de manière à mieux prendre soin les uns des autres. Nous pouvons reconnaître que la santé de nos personnes les plus vulnérables est un facteur déterminant pour notre santé à tous.

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Si vous êtes bien et emballé pour la plage, j’espère que vous passerez le meilleur moment. Ça a été une pandémie difficile. Nous méritons tous une pause. Gardez simplement à l’esprit, si vous trouvez un moment pour réfléchir, que tout le monde ne va pas bien. Certaines personnes s’effondrent. Certains ont du mal à passer à autre chose. La solidarité est un choix. En nous unissant à ceux qui ont perdu famille et amis, à ceux qui sont peut-être encore malades ou vulnérables, nous tissons un filet de sécurité communautaire capable de nous retenir tous dans notre deuil.