Les sables du temps: écouter la parole tout au long de la vie

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Les spécialistes de la parole et du langage savent depuis un certain temps que l’âge influe sur la perception de la parole. Les neuroscientifiques ont également compris comment les différences fonctionnelles du cerveau (ou comment le cerveau exécute certaines fonctions) entre les groupes d’âge apparaissent. Des recherches récentes menées par Orsolya Kolozsvári et ses collègues, basés en Finlande et en Allemagne, ont tenté d’explorer comment ces deux sujets – perception de la parole et développement du cerveau – peuvent être liés [i].

En utilisant la magnétoencéphalographie (MEG), les auteurs ont présenté aux enfants et aux adultes des syllabes, des mots et des phrases, tous de différentes «tailles» en termes de propriétés auditives. Les mots se référaient à des objets communs et les phrases n’étaient que de 3 à 4 mots chacune. Les enfants et les adultes devaient simplement écouter, puis répéter, les stimuli.

Les auteurs ont constaté que des signatures neuronales particulières dans la gamme des basses fréquences (c’est-à-dire les rythmes delta et thêta) montraient différents degrés de «cohérence» avec les mots et les phrases entre les groupes d’âge. La cohérence se réfère ici à la synchronie entre deux signaux, et est liée à la façon dont une unité de parole «longue» comme une phrase correspond dans le temps à une oscillation cérébrale «lente». Cela implique de quantifier la similitude du contenu fréquentiel entre l’activité neuronale et «l’enveloppe de la parole». Plus la cohérence entre ces deux facteurs est élevée, meilleur est le suivi de la parole.

Des valeurs de cohérence plus élevées ont été trouvées pour les adultes que pour les enfants. La cohérence de l’hémisphère gauche était plus forte que la cohérence de l’hémisphère droit dans les cerveaux adultes. Les adultes ont présenté des valeurs de cohérence plus importantes que les enfants dans la bande delta du lobe temporal (en particulier, le cortex auditif) pour les mots et les phrases. Une plus grande cohérence a également été observée pour les mots par rapport aux phrases pour les basses fréquences (encore une fois, delta et thêta), bien que ces différences aient été attribuées à la longueur brute des stimuli, plutôt qu’au type de stimuli. C’est-à-dire que des stimuli plus longs entraînent naturellement une plus grande chance d’infiltration de bruit depuis l’activité cérébrale accessoire au suivi de la parole. Au niveau du capteur MEG individuel, la topographie de cohérence pour les basses fréquences présentait à nouveau un modèle clair d’activation du cortex auditif.

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La conclusion la plus claire de cette étude est que les adultes présentent une plus grande cohérence pour les mécanismes de suivi de la parole à basse fréquence dans le cortex auditif. La maturation génétiquement guidée des cortex auditifs est un candidat évident ici, mais une exposition cohérente à la parole affine également la capacité du cerveau à faire des inférences descendantes. [ii]. L’efficacité de la génération d’inférence (“ Est-ce une syllabe? ”, “ Est-ce un mot? ”) Faciliterait le traitement de la parole, de sorte que moins d’informations ascendantes sont nécessaires pour atteindre le seuil minimum nécessaire (quel qu’il soit) pour générer le inférence au niveau de la catégorie. Les auteurs ont fait une distinction entre les enfants (âgés de 4 à 9 ans, dans leur échantillon) et les adultes, et les recherches futures pourraient également bénéficier de la division du groupe adulte en différents groupes d’âge, en particulier en examinant les populations gériatriques.

D’autres recherches ont examiné le «discours dirigé par le regard» dans lequel un adulte parle à un nourrisson, révélant que la cohérence dans les basses fréquences est plus faible lorsque le locuteur adulte détourne son regard pendant le discours. [iii]. En examinant les oscillations lentes du sommeil chez un groupe d’enfants (2-13 ans), un autre groupe de recherche a montré qu’avec l’âge, les oscillations lentes se propagent sur de plus longues distances, avec une croissance moyenne de 0,2 cm par an, faisant valoir que ces oscillations lentes de déplacement sont un marqueur du développement de la connectivité cérébrale [iv]. Ces découvertes récentes et d’autres semblent suggérer un rôle crucial pour les oscillations à basse fréquence dans le cerveau linguistique en développement.

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